"L'Acceptation de ce qui Est"
Je propose ici une tentative de voir en moi-même, la réalité de ce phénomène. Il ne s'agit pas de débattre, d'être en accord ou en désaccord mais plutôt d'examiner ensemble avec attention cette question qui me paraît essentielle.
Parmi les concepts véhiculés dans le monde du développement personnel et de la spiritualité, il en est certains qui sont de véritables pièges.
Lorsque l'on s'autorise à y porter une observation attentive, sans les manier comme des idées toutes faites et galvaudées, ils révèlent le conflit qu'ils portent en eux.
"L'Acceptation" est l'un de ces concepts.
Mais d'abord observons un instant l'idée de concept. Un concept est une idée construite, autonome et nommée. Le concept a un début, une fin, un opposé, il est une brique servant à bâtir une pensée ou un discours.
Vivre, c'est apprendre, la Vie enseigne mais ne peut pas être enseignée. Une idée est l'isolement d'un bout de la Vie. Croire que la somme de toutes les idées et objets du mondes, passés, présents ou futurs sont la Vie, c'est passer à côté de la nature même de la Vie.
Une idée comme un concept est une chose morte, car ce qui n'embrasse pas toute la Vie, n'est pas la Vie. Un objet, un concept, une idée a une frontière, le passé a une frontière, l'idée que nous nous faisons de nous-mêmes et de tout ce qui nous entoure à une frontière. Tout ce qui comporte une frontière est mort, car la Vie est un processus continu sans origine ni destination : sans frontière.
Ce qui est tiré de la Vie, nommé d'après l'enseignement de la Vie n'est jamais la Vie. Ce qui est déduit, appris, conclu de la Vie est mort, car la Vie n'a pas de commencement ni de fin. La Vie est infinie et toujours en mouvement.
Ainsi qu'est-ce que l'acceptation de la Vie. Accepter c'est se placer en dehors, observer sans voir que ce que l'on observe, c'est nous-mêmes.
"L'acceptation de ce qui Est" est un oxymore, une contradiction, ce qui Est ne peut être accepté ou refusé. Accepter, c'est créer un point hors la Vie qui accepterait la Vie. Chercher l'Acceptation, c'est sortir de ce qui Est dans l'espoir de ne pas vivre, ou quoique nous pourrions dire : ne pas souffrir, ne pas ressentir de colère, de frustration, de douleur, etc...
L'Acceptation est une fuite, elle crée par là-même le conflit. L'Acceptation est hors la Vie, car elle prend racine dans un Moi, le Moi crée l'illusion qu'il est opposé à la Vie.
Accepter la douleur est une fuite de l'inconfort de la douleur. Accepter la mort est une fuite de l'inconfort du deuil ou de l'idée de notre propre mort. Accepter l'échec, c'est fuir l'inconfort de l'échec.
L'Acceptation est en fait la recherche du confort, le confort du Moi, ce n'est pas la Vie, ce n'est pas vivre la Vie. Chercher le confort, quelque soit le chemin choisi pour cette quête du confort, religieux, spirituel, politique, économique, écologique, sentimental, idéologique, traditionnel, c'est chercher la répétition et/ou le pérennité du plaisir de l'expérience passée et fuir l'impermanence de la Vie.
Prôner l'Acceptation, c'est maquiller notre fuite de ce qui Est et notre soif d'un confort médiocre par terme spirituel glorifiant.
Il n'est aucune alternative à la Vie, il n'y a pas de choix à poser. Accepter ou refuser est une seule et même chose, un même mouvement, "les deux bouts de la banane..."
L'acceptation renforce le Moi, renforcer le Moi crée la séparation, la discontinuité, les frontières et enfin le conflit.
Vivre, ce n'est pas choisir ce que l'on vit ou accueillir ce que l'on vit, ici se trouve l'une des plus grandes confusions du discours spirituel.
C'est un conflit intérieur qui met en échec l'émanation de l'Amour dans nos vies, que nous nous pensions ou proclamions spirituels/éveillés/créateurs en pleine conscience.
Être créateur, c'est être la Vie. Se dire Créateur privilégie le mot à la chose. Le mot n'est jamais la chose. Le mot est même l'inverse de la chose car il s'y substitue.
La méditation n'est pas une acceptation de la Vie, la méditation c'est avoir pleine conscience d'être la Vie elle-même.
Autorisons-nous cette extrême vigilance à notre propre égard.
Bonne journée à toutes et à tous !
Ps: à propos de cette photo un peu racoleuse : nous voulons toujours donner un sens à la Vie, par là-même nous nous en détournons. La Vie est... et pis c'est tout !
